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Julien Froment : « Les stats peuvent m’aider à corriger ma perception d’un match ou d’un joueur »

On a passé un super moment à parler stats avec le journaliste Julien Froment (ex Europe 1). Il fut évidemment question de l’intérêt et des limites de l’utilisation des datas, du PSG mais aussi de culture foot et même de Madame Michu !

Paris Stats Germain (PSG) : Ton avis général sur l’utilisation des stats dans le foot ?

Julien Froment (JF) : Je suis favorable à l’utilisation des stats parce que cela met en lumière des aspects du jeu et des acteurs. En tant que journaliste, c’est un outil hyper pratique.

Je m’en sers notamment lors de la préparation des matches, que ce soit pour connaître les séries en cours, ou les joueurs en forme, les joueurs plus buteurs face à tel adversaire, etc..

Il y a beaucoup de chiffres désormais disponibles qui permettent de traduire des choses et d’apporter un complément d’information aux auditeurs qui m’écoutent.

Après, il faut savoir les utiliser. Ce sont parfois des données brutes et on peut faire dire tout et n’importe quoi à certaines stats.

Le foot reste un sport assez imprévisible et la stat peine parfois à retranscrire des choses impalpables. La stat ne peut pas tout analyser.

PSG : Tu y vois un intérêt en complément de ton regard, de tes connaissances ?

JF : Oui, tout à fait, c’est un outil en plus. Mon regard personnel est forcément moins neutre et moins objectif qu’une stat. En théorie, une statistique est purement factuelle. Quand un joueur a perdu 3 ballons, il a perdu 3 ballons. Je vois ça comme un appui.

Je sais qu’il y a des gens qui estiment que trop de statistiques viennent tuer l’analyse du jeu parce qu’on est moins dans le ressenti. Mais moi je considère au contraire que c’est un atout considérable d’avoir des statistiques à disposition sur pleins d’aspects quand tu couvres un match de football.

PSG : Tu utilises aussi les stats pendant les matches ?

JF : Comme je travaille plutôt dans des médias « généralistes », je vais plutôt rester sur des stats générales et je ne vais pas aller sur des stats avancées comme les expected goals. Mais je me sers d’indicateurs classiques comme le nombre de frappes, de corners, de fautes, etc… Des choses assez basiques qui permettent quand même de donner une vision générale du déroulé du match. Je m’appui sur ça pendant la rencontre.

Avant le match, je regarde les séries en cours, les comportements à domicile ou à l’extérieur, les précédents face-à-face. Je vais assez peu sur les stats approfondies comme le % de passes réussies ou autres en raison du media pour lequel je travaille.

PSG : Tu constates que si tu utilises des stats avancées comme les expected goals par exemple, tu vas perdre la moitié de tes auditeurs ?

JF : Il y a de tout parmi les auditeurs : il y en qui connaissent très bien les expected goals et d’autre qui, même en leur expliquant, vont te dire « mais qu’est-ce que c’est que ce charabia » ?

On pourrait vulgariser les choses et les expliquer mais, comme on dit souvent en radio, « Madame Michu » qui écoute le match dans sa voiture, les expected goals ne vont pas vraiment lui servir.

Mais, j’entends très bien que dans des médias plus spécialisés, ce type de stats apporte un éclairage et un regard différents et complémentaires.

PSG : Et à titre personnel, tu t’intéresses à ces stats plus avancées ? Tu vas les regarder après les matches ?

JF : Je ne suis pas un accro, mais après les matches je vais regarder les stats notamment pour confirmer les impressions que j’ai eues en direct. Des fois, pendant un match, tu trouves qu’une équipe n’a pas bien joué, ne s’est pas créée beaucoup d’occasions, et, en regardant les stats après coup, tu constates qu’en fait elle a été dangereuse.

Autre exemple, sur Messi : j’avais été assez dur avec lui lors du match face au Real. C’était une impression visuelle, je n’avais pas les stats. Donc contre Nantes, j’ai regardé les stats de près pour voir s’il y avait une adéquation avec mon impression en direct.

Les stats me confortent dans mon impression ou au contraire m’aident à l’analyser d’une façon que je n’avais pas vraiment perçue. Les stats peuvent m’aider à corriger ma perception d’un match ou d’un joueur.

PSG : Quelles sont selon toi les inconvénients et les limites des stats ?

JF : L’un des problèmes quand on analyse un match, avec des stats ou pas d’ailleurs, c’est qu’on ne sait pas ce que le coach a voulu mettre en place avant le match. Donc l’interprétation d’une stat que l’on peut considérer comme mauvaise peut être complètement liée aux consignes du coach. Il faut avoir le contexte, ce que le coach a demandé à ses joueurs.

PSG : Y a-t-il une stat en particulier qui t’énerve ou qui est mal comprise ?

JF : La possession de balle. Ça veut tout et rien dire. Tu peux avoir 80 % de possession mais si tu as deux frappes cadrées, au final, ça ne sert à rien. Dominer n’est pas gagner. La stat sur la possession est un peu utilisée à tort et à travers.

Le nombre de kilomètres parcourus m’agace aussi un peu et biaise la perception des choses. Ce n’est pas parce que tu as couru 12 kilomètres que tu as fait un bon match. Tu peux beaucoup courir dans le vent. Messi au Barça courait peu mais faisait beaucoup de sprints et était diablement efficace.

PSG : Les stats peuvent-elles aider à analyser un match ? Si oui, comment ?

JF : Oui, cela aide mais il faut savoir s’en servir. On parlait de Messi précédemment. Ses stats de mètres gagnés, contre le Real notamment, peuvent être interprétées de deux manières différentes : positivement, en disant qu’en faisant progresser le ballon, il a apporté le ballon dans la zone dangereuse adverse ; mais aussi négativement en concluant qu’il était trop bas sur le terrain, qu’il a dû faire des efforts non justifiés et que ses mètres gagnés n’ont pas débouché sur grand chose.

En plus, concernant Messi, on parle d’un joueur qui nous a tellement habitués à de grandes choses, que même si ses stats sont bonnes, notre regard est toujours biaisé. Contre le Real, son pénalty raté prend un peu le dessus sur tout le reste quand on analyse sa prestation.

On est aussi parfois obnubilé par le score d’un match pour l’analyser alors que les stats amènent des informations parfois plus pertinentes. Par exemple, à Nantes, le score est très défavorable au PSG mais la copie rendue, notamment par le trio d’attaque, est bonne. On s’était servi des stats dans le débrief du match pour le podcast de France Bleu « 100 % PSG, La Tribune ».

Il faut savoir utiliser à bon escient la statistique pour montrer les choses.

PSG : De ce que tu vois, les stats sont-elles beaucoup regardées et utilisées par les médias ?

JF : La stat est maintenant partout. Quand tu ouvres L’Equipe, il n’y a pas une page foot sans qu’il y ait une statistique sur un joueur ou une équipe. Ça s’est beaucoup démocratisé. Les outils sont plus performants. Des organismes comme Opta font un super boulot et arrivent à vulgariser les choses pour les rendre compréhensibles pour tous. Du coup, tout le monde utilise les stats désormais.

Les stats sont devenues prépondérantes dans l’analyse d’une rencontre.

PSG : Sais-tu si les clubs et les joueurs et les utilisent beaucoup ?

JF : Il y a des analystes partout maintenant. La stat fait partie inhérente du travail de suivi et d’analyse des joueurs.

Au PSG, Pochettino est très tatillon sur ce genre de choses.

PSG : Comment améliorer l’utilisation des stats dans les médias, même généralistes ?

JF : Je crois qu’il y a un petit problème culturel. Dans des pays comme l’Espagne, l’Angleterre ou l’Italie, il y a peut-être un rapport un peu différent au foot qui fait que la statistique fait partie du football dans sa globalité.

C’est un peu dur à dire mais j’estime que la France n’est pas un pays de foot. Je ne te parle pas de Twitter mais de la « vraie France ». Les gens qui regardent les matches sur TF1 ou France Télévisions le font pour se divertir, ne connaissent pas forcément les équipes, donc ils ne sont pas encore tout à fait prêts à ce qu’on leur parle de statistiques.

Ceci étant dit, c’est quand même bien de le faire parce que pour démocratiser les stats, il faut en parler de manière simple. C’est essentiel de faire preuve de pédagogie et d’en parler au plus grand monde pour qu’ils comprennent en quoi les stats sont utiles quand tu regardes un match.

PSG : Il y a justement de plus en plus d’analyses tactiques dans les médias récemment, non ?

JF : Oui, il y a de plus en plus de contenus qui se servent des stats. Des gens se sont révélés en faisant des analyses de matches. Sur certains réseaux sociaux, il y a un public un peu plus jeune qui a envie d’aller plus en profondeur dans l’analyse du jeu. Ça a ouvert la voie à certains qui savent faire et attirent un public avec des chiffres ou des choses qui peuvent paraître parfois obscurs.

PSG : Est-ce que tu regardes les stats du PSG ? Si oui, y-a-t-il des choses qui t’ont globalement marqué, positivement ou négativement ?

JF : Cette saison, ce qui choque, c’est l’écart entre le talent dont dispose le club en attaque et le peu d’occasions sur certains matches.

L’autre chose qui interpelle c’est le nombre de frappes concédées. A un moment, on était même à 15 ou 20 tirs par match de l’adversaire. Pour un club comme le PSG, ce n’est pas possible. Ce n’est pas dans les habitudes de la maison. La charnière centrale fait toujours le boulot mais le rideau du milieu ne protège pas assez sa défense.

Les autres interviews du site sur l’utilisation des stats dans le foot :

  1. Tripy Makonda : « Sans prise d’informations, tu ne joues pas au foot. Il faut trouver une stat qui mesure cela »
  2. Luis Fernandez : « J’ai tendance à me méfier des stats »
  3. Yacine Hamened : « Les stats doivent confirmer ou nuancer une performance mais elles ne doivent pas être l’argument massue. »
  4. François Pinet : « Les stats sont incontournables dans le debrief d’un match »
  5. David Aiello : : « En choisissant un chiffre, tu fais un choix éditorial »
  6. Loïc Moreau : « L’apport des stats est bien supérieur aux limites qu’elles peuvent avoir »
  7. Nicolas Mondon : « On est encore dans la préhistoire du foot et de la data »
  8. Dan Perez : « Les stats vont te permettre d’aller t’intéresser à un joueur ou une équipe que tu n’aurais pas pu voir par toi-même »

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