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Matches Saison 2022-2023

Lille-PSG (1-7) : décryptage d’un incroyable festival offensif

Dimanche soir, les Parisiens ont inscrit 7 buts face au LOSC, champion de France 2021. Ils n’avaient pas réussi pareil exploit depuis janvier 2019 et une victoire 9-0 contre Guingamp. Ces 7 buts sont le fruit d’une excellente préparation tactique, d’une primauté du collectif sur les individualités mais aussi d’un hyper réalisme face au but. On décrypte tout ça, en trois temps.

L’approche tactique du match

On s’est parfois demandé si Pochettino et son staff préparaient les matches de Ligue 1 et pourquoi il s’entêtait à jouer à quatre en défense, se privant ainsi de la puissance supersonique de ses deux dragsters sur les côtés (Hakimi et Mendes).

Avec Galtier, changement de décor. Non seulement, on voit que les matches sont minutieusement préparés, jusque dans les moindres détails, mais en outre, le potentiel des pistons est enfin optimisé.

Pour illustrer cette excellente préparation du match, pas besoin de vous faire un dessin, on pense évidemment à ce premier but inscrit dès le coup d’envoi, en 8 secondes, sur une action travaillée en amont (en s’inspirant des U19 du PSG et d’équipes européennes).

Pour le plaisir, ci-dessous, la video du but décrypté par Wiloo :

Ou la version vu d’en gaut, clim comprise :

Mais ce qui nous fait dire que cette orgie de buts est le fruit d’une excellente approche tactique tient aussi et surtout au schéma tactique mis en place. Galtier s’appuie sur le même onze depuis deux matches (ce que Pochettino n’a jamais fait en 55 matches de Ligue 1) et positionne les joueurs là où leur potentiel s’exprime le mieux : Messi et Neymar proches l’un de l’autre (et de Mbappé) et au cœur du jeu ; les pistons très hauts sur le terrain.

Les pistons, justement, ont encore été décisifs dimanche soir : Hakimi a marqué et fait marquer, Mendes a donné sa seconde passe décisive de la saison. En 3 journées, le Portugais a déjà fait mieux que la saison dernière (1 seule passe décisive).

Après 3 matches, les latéraux parisiens en sont, en cumulé, à 2 buts et 3 passes décisives. Sur l’ensemble de la saison dernière, les latéraux parisiens ont signé 6 buts et 8 passes décisives. Vu la cadence de cette entame d’exercice, les stats de la saison dernière devraient largement être battues. L’objectif, à titre individuel, sera de faire mieux que le record sur une saison QSIenne de buts pour un latéral (Meunier et Hakimi, 4), et de passes décisives (Alves 7) :

Bizarrement, en étant positionnés plus haut et en étant couverts par trois défenseurs centraux, les latéraux parisiens, plus réputés pour leurs (immenses) qualités offensives que défensives, se montrent plus dangereux…

Pour le plaisir (encore), ci-dessous, la passe décisive de dimanche d’Hakimi pour Neymar. On y voit d’ailleurs clairement que c’est le positionnement haut sur le terrain du Marocain qui lui permet de récupérer ce ballon et de le transmettre à Neymar (cliquez sur « Regarder sur YouTube ») :

Les individualités au service du collectif

C’est tout le paradoxe de ce PSG et c’est aussi pour ça qu’on l’aime tant : alors que les « analyses » d’après match de la semaine passée n’avaient porté que sur les supposées querelles d’egos et la difficulté à faire cohabiter trois immenses stars en attaque, les individualités parisiennes n’ont jamais autant fait briller le collectif que dimanche. Quelle réponse !

Quelques éléments à l’appui de cette affirmation : tout d’abord, 6 des 7 buts parisiens font suite à une passe décisive (et encore c’est parce que la passe de Messi pour Neymar est déviée qu’elle n’est pas comptabilisée).

C’était l’inverse contre Montpellier où un seul des cinq buts provenait d’une passe d’un coéquipier.

Contre Lille, on n’a cessé de voir les Parisiens combiner et se chercher par la passe. C’était « pass first, dribble second », alors que parfois nos chers talents offensifs ont tendance à privilégier la solution individuelle.

Alors qu’ils restaient sur deux matches à 27 puis 36 dribbles tentés, les Parisiens n’en ont tenté « que » 19 au stade Pierre Mauroy :

Comme un symbole de ce jeu collectif mieux huilé, Neymar n’en a tenté qu’un seul et a même fini le match sans le moindre dribble réussi. Une rareté chez lui.

Plusieurs buts inscrits dimanche traduisent bien également cette prédominance du collectif sur l’individualité : trois des sept buts marqués font même suite à un une-deux ! Une action banale mais que l’on voyait rarement la saison dernière, et encore moins sur des buts. Trois qui plus est !

Le but de Messi à la 28ème est le fruit d’un une deux très « barcelonais » entre Messi et Mendes :

Celui d’Hakimi (39ème) est la conclusion d’un une-deux d’école avec Neymar :

Enfin, c’est à la conclusion de cet incroyable double une-deux que Mbappé, servi par Neymar, trompe Jardim à la 66ème :

Quand de telles individualités se mettent au service du collectif, quel régal !

L’ultra-réalisme face au but

Pour pondérer un peu l’enthousiasme ambiant et prendre conscience que le PSG ne pourra pas inscrire 7 buts toutes les semaines, il faut évoquer l’incroyable efficacité des joueurs de Galtier face au but. C’est un des éléments qui explique l’ampleur du score mais c’est peut-être le seul qui peut repartir aussi vite qu’il est (re)venu.

A Lille, les Parisiens ont marqué 7 buts en frappant 16 fois au but. Les Lillois n’ont marqué qu’une fois en frappant aussi souvent. La différence entre les deux équipes ? Le talent et les positions de tirs.

Alors que la saison écoulée, il fallait en moyenne 6.3 tirs pour marquer un but, le ratio est tombé à 2.3 dimanche. Les Parisiens ont marqué quasiment sur une frappe sur deux !

En moyenne depuis le début de saison, ils marquent tous les 3.2 tirs. A titre de comparaison, Rennes compte 61 tirs en trois matches pour seulement 3 buts (soit un but tous les 20 tirs) !!!

La comparaison avec toutes les saisons du PSG sous QSI montre bien l’ultra-réalisme actuel. L’écart est trop important pour pouvoir être durable dans le temps mais cela témoigne bien de l’incroyable efficacité actuelle :

Ils le doivent en premier lieu à leur talent : ils ont su tromper 7 fois Jardim alors que les expected goals ne s’élèvent « qu’à » 4.4. Cela signifie qu’en moyenne, dans la position qui était la leur, les attaquants ne marquent habituellement que 4 buts (et quelques).

Comme le montre le graphique ci-dessous, c’est Mbappé qui a le plus surperformé : il a marqué trois buts avec seulement 1.4 xG.

Mais Neymar, Hakimi et (dans une moindre mesure) Messi ont également déjoué les prédictions du modèle en marquant.

Pour mémoire, ce n’était pas franchement le cas la saison dernière où les attaquants parisiens avaient globalement manqué de réalisme (Mbappé et Neymar exceptés) :

Le bilan après trois journées est très positif, en particulier pour Neymar auteur de 5 buts avec seulement 2.5 xG et Mbappé (4 buts avec 2.5 xG). Seul Messi peut et doit faire mieux (3 buts et 3.1 xG) !

Ils sont partis sur d’autres bases cette saison et c’est tant mieux. C’est surtout plus conforme à leur standing et plus en phase avec le « projet sportif » (hum hum…) basé sur des attaquants stars…

Mais au-delà du talent des Parisiens pour marquer plus de buts que des joueurs lambdas, ce qui frappe sur ce début de saison, c’est la qualité des positions de frappes.

Le plus souvent, les tirs sont pris dans des positions avantageuses, qui facilitent, logiquement, la concrétisation des actions en buts. Le ratio des expected goals par tir mesure ce phénomène en indiquant le taux moyen de but théorique de chaque tir.

Or, ce ratio n’a jamais été aussi élevé depuis que la stat est disponible (sur understat.com) :

Cette saison, à ce jour, chaque tir parisien a en moyenne 22 % de chances de provoquer un but. C’est largement au-dessus des taux des années précédentes (15 % la saison dernière et jamais plus de 17 %).

Dimanche à Lille, les trois buts de Mbappé avaient respectivement 28 %, 31 % et 14 % de provoquer un but. On voit sur l’image ci-dessous que les ronds parisiens, à gauche, sont beaucoup plus gros que les ronds lillois (à droite). Cela signifie que les tirs des hommes de Galtier avaient plus de chances de se transformer en but car les positions étaient bien meilleures :

On s’est vraiment régalé dimanche soir et cela fait plaisir de décortiquer des matches comme celui-là (et cela change de la saison passée). En outre, même si l’on est conscient que les Parisiens ne pourront pas marquer 7 buts toutes les semaines, les ingrédients de cette orgie offensive (du jeu collectif, un travail tactique, des individualités à leur niveau) nous rendent optimiste pour la suite.

Le résumé entier du match : https://www.youtube.com/watch?v=6kg5rG_8lx4

En espérant ne pas être démenti dès la semaine prochaine contre Monaco. Face à de telles avalanches de buts, l’attitude des adversaires risque d’évoluer aussi et de devenir ultra prudente.

Il faut reconnaître que les trois adversaires rencontrés jusqu’à maintenant n’ont pas fermé le jeu et ont permis à nos maîtres artificiers de briller de mille feux. C’est peut-être le seul bémol à mettre à ce début de saison en fanfare. En tous les cas, on a hâte de voir la suite !

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