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Analyses Saison 2023-2024

Ultra possession, manque de réalisme, contre-pressing efficace : les 3 mots clés du début de saison parisien

Bien sûr, il est trop tôt pour tirer quelque bilan que ce soit des quatre premiers de Ligue 1 sous la houlette de Luis Enrique. Mais n’empêche. Dans certains domaines, la différence avec les deux dernières saisons est tellement nette que l’on a voulu voir ce que cela donnait en chiffres. Et on n’a pas été déçu.

Le PSG a confisqué le ballon

Avec 78% de possession et plus de 1000 passes tentées, le PSG version Luis Enrique avait planté le décor dès la 1ère journée de Ligue 1 contre Lorient. Pour un résultat nul certes mais le cadre était posé. Le nouveau coach parisien veut le ballon. Le plus possible.

Bis repetita lors du match suivant à Toulouse avec 76.3 % de possession. Ces deux rencontres entrent dans le Top 10 des matches de Ligue 1 du PSG version QSI en terme de possession.

Dans son histoire récente, le PSG n’a donc eu qu’une seule fois (à Lens, en tout début de saison 2020-2021) un taux de possession supérieur aux 78 % face à Lorient lors d’un match de Ligue 1 .

Lors des deux rencontres suivantes, le PSG a moins monopolisé le ballon (66.3 % puis 69.1 %) mais la moyenne de ce début de saison reste très élevée.

Au global, la moyenne du PSG lors de ces quatre premiers matches est de 72.5 %. Personne ne fait mieux parmi les cinq principaux championnats européens :

Chelsea est 2ème avec 70.8 % et Barcelone 3ème avec 70.1 %. En Ligue 1, l’écart avec le second est colossal puisque Lille est à 62.2 % de possession.

Comme l’ont montré les journées 3 et 4, le PSG n’aura pas forcément le ballon plus de 70 % du temps à tous ses matches, mais vu les différences faites par le PSG en transition contre Lens et Lyon, il est assez probable que ses adversaires vont y réfléchir à deux fois avant de se découvrir.

Par conséquent, le taux record de possession du PSG lors d’une saison de Ligue 1 (63.4 % en 2015-2016) risque fort de sauter :

Pour conserver aussi souvent et longtemps le ballon, les joueurs parisiens doivent afficher une grande maîtrise technique. Ainsi qu’une certaine prudence dans les choix opérés.

On en a la confirmation avec plusieurs indicateurs. Tout d’abord, le taux de ballons perdus. Les Parisiens ne perdent en moyenne que 11 % des ballons qu’ils jouent. La moyenne depuis 2017 était proche de 14 % :

Le % de passes réussies confirme cette sûreté technique. Avec 92.6 % de passes réussies, le PSG présente le plus haut taux de tous les championnats majeurs.

Et jamais dans son histoire récente, le PSG n’avait affiché un tel taux. Pochettino et Galtier avaient passé la barre des 90 % mais de peu :

Pour réussir autant de passes, il faut certes une grande maîtrise technique, mais aussi une certaine prudence. A défaut de disposer des expected passes qui auraient permis de mesurer le risque moyen des passes parisiennes, on peut observer le % de passes longues qui est encore en baisse cette saison.

Si le nombre moyen de passes longues remonte un peu cette saison (37/match contre 33 la saison dernière), le poids du jeu long dans les passes totales tentées continue lui de baisser : 4 % contre 5 % la saison dernière et environ 8 % sous Blanc.

Les 23 passes longues tentées lors du match inaugural de la saison contre Lorient n’ont représenté que 2 % des passes tentées ce jour-là… Alors que face aux blocs bas, on pourrait imaginer que les renversements de jeu rapides d’une aide à l’autre pourraient permettre de contourner ces blocs. A suivre…

Pour en terminer avec ce thème de la possession parisienne, on a cherché à savoir quels étaient les successeurs de Marco Verratti. Le petit Italien, placardisé par Luis Enrique et les dirigeants, tournait à plus de 100 ballons joués par match. Qui est désormais le dépositaire du jeu parisien ?

Quatre hommes franchissent la barre des 100 ballons joués : les deux centraux Skriniar et Marquinhos et les deux latéraux Hakimi et Hernandez.

Le premier milieu, Zaïre-Emery n’est que 5ème avec moins de 90 ballons.

Cela reflète bien le nouveau schéma de relance du PSG où les défenseurs, notamment Skriniar, Marquinhos et Hernandez, redoublent de passes dans leur camp avant de trouver un décalage.

Hakimi, lui, est beaucoup plus utilisé que lors de ses deux premières saisons, notamment dans une position haute. Il est passé d’une moyenne de 80 ballons touchés à 121 cette saison.

On voit d’ailleurs bien sur le schéma ci-dessous, issu du match à Lyon, que les Parisiens ont utilisé majoritairement une attaque en « U » : monopolisation du ballon en défense centrale (numéros 21, 37 et 5 : Hernandez, Skriniar et Marquinhos) puis utilisation de la largeur avec Hakimi (n°2) et Vitinha (17) sur les côtés. Le cœur du jeu, si souvent privilégié la saison passée par Verratti, Neymar et Messi est ici négligé.

Un PSG qui se crée plus d’occasions mais qui en concrétise moins

On a vu précédemment que le PSG monopolisait le ballon comme personne et comme jamais. Mais pour en faire quoi ?

Est-ce que cette possession est « stérile », pour reprendre un terme qui lui est souvent accolée, ou fructueuse ? Les deux, mon Général.

Commençons par le verre à moitié plein.

Le PSG se crée de nombreuses occasions. Il tourne à près de 19 tirs par match pour le moment, soit une moyenne très nettement supérieure à n’importe quelle saison sous QSI :

La moyenne de tirs du PSG en Ligue 1 depuis 2011 est de 14.9 et le record sur un exercice est de 16.6 (en 2019-2020).

Ce sera compliqué de maintenir un tel rythme pour les hommes de Luis Enrique, mais le début de saison est prometteur. Comme c’était aussi le cas la saison dernière (18 tirs de moyenne après 4 matches), on ne va donc pas s’enflammer.

Le graphe ci-dessous nous indique qu’en outre, en 2013-2014, le PSG avait commencé sa saison en étant encore plus dangereux offensivement : 87 tirs en 4 matches, dont 37 (record du PSG sous QSI en L1) lors du fameux match face à Ajaccio (match nul 1-1 avec 12 arrêts d’Ochoa)

Ils sont déjà 15 Parisiens à avoir tenté leur chance au moins une fois, soit l’ensemble des joueurs de champ ayant joué plus de 10 minutes sauf Danilo.

Mbappé est évidemment celui qui frappe le plus mais la participation des « non-attaquants » est à souligner : Hakimi est second avec 10 tirs et Vitinha, dans son nouveau rôle hybride milieu-ailier, est à 9 tirs :

Assez logiquement, ce nombre de tirs élevé se traduit par un niveau d’expected goals important. On n’atteint certes pas la saison record de 2019-2020 (2.8 xG/match) mais les 2.5 xG actuels se situent au second rang des saisons qataries :

Voilà, ça c’était pour le verre à moitié plein avec un PSG qui transforme ses phases de possession en occasions de buts.

Mais qu’en est-il des buts inscrits ? C’est là qu’intervient le verre à moitié vide.

En 4 journées de Ligue 1, le PSG n’a inscrit « que » 8 buts. Cette moyenne de 2 buts par match, tout à fait honorable en soi, est très éloignée des standards parisiens de ces dernières saisons.

Sous QSI, la moyenne est de 2.4 et il n’y a qu’en 2012-2013 que le PSG d’Ancelotti est descendu sous la barre des 2 buts :

Pas question pour autant de tirer des plans sur la comète puisque la saison dernière par exemple, après 4 journées, le PSG avait inscrit 18 buts (soit 8 de plus que cette saison, dont 7 à Lille) pour une moyenne de 4.5 buts/match mais pour finir la campagne à 2.3.

Essayons néanmoins de comprendre ce paradoxe d’une équipe qui a souvent le ballon et se crée des occasions mais marque relativement peu.

Premier indice : la qualité des occasions. On la mesure avec le ratio xG/tir qui indique la probabilité qu’un tir fasse mouche. Ce taux n’est que de 13.5 % cette saison, soit le ratio le plus bas depuis que la stat est disponible (2014-2015) :

Cela signifie que le PSG se crée certes plus de situations de tir, mais que ces situations sont, en moyenne, moins bonnes que les saisons précédentes.

Deuxième explication : le manque d’adresse des Parisiens. On le mesure avec l’écart entre les expected goals et les buts réellement inscrits.

Selon les données du site understat.com, le PSG, compte tenu des situations de tirs qu’il s’est procurées, aurait dû marquer au moins 10 buts, soit 2 de plus que la réalité.

Sous QSI, sur une saison entière, il n’y a qu’un seul exercice où le PSG a moins marqué que ce que le modèle des expected goals prédisait (en 2019-2020) :

A part contre Lens, le PSG a toujours marqué moins que ce que le modèle prévoyait compte tenu des positions de tir :

Cette maladresse face aux buts adverses est confirmée par le taux de tirs cadrés. Les Parisien n’ont cadré que 22 de leurs 75 frappes. Un taux de 29 % qui situe le PSG à la 18ème place des 20 équipes de Ligue 1 !

L’écart avec les saison précédentes, et notamment la saison dernière (44 %, leader des 5 principaux championnats européens), est très important :

Les principaux responsables de ce famélique taux de tirs cadrés se nomment Hakimi (2 tirs cadrés sur 10), Vitinha (3/9), Dembélé (0/6) et Lee (0/4). Mbappé, lui a cadré plus de 50 % de ses tentatives :

On notera quand même que la courbe est ascendante puisqu’après n’avoir cadré que 20 % de leurs tirs lors des deux premières journées, les Parisiens ont ensuite réglé la mire contre Lens (41 %) et Lyon (36 %).

On retrouve globalement les mêmes joueurs en difficulté en terme d’efficacité offensive avec les stats d’expected goals. Hakimi accuse un retard de 0.5 but, Ramos Vitinha et Barcola 0.6, et surtout Dembélé 1.2.

C’est l’occasion de rappeler que Dembélé, entre blessures et maladresse, n’a plus signé une saison à plus de 10 buts depuis sa saison rookie à Rennes en 2015-2016.

Des Parisiens très impliqués dans le contre-pressing

Le jour et la nuit. On s’est tellement lamentés de voir les attaquants parisiens si peu impliqués à la perte du ballon ces dernières saisons, que l’on ne peut que se réjouir de voir enfin toute une équipe faire les efforts défensifs nécessaires.

Plusieurs datas témoignent de cette volonté de faire déjouer l’adversaire et de récupérer vite le ballon.

La plus significative est la stat du contre-pressing. L’impression visuelle d’une équipe appliquée à presser dès la perte du ballon dans le camp adverse est confirmée par les chiffres.

Le PSG est, après Chelsea, l’équipe des cinq principaux championnats européens qui presse le plus souvent à la perte du ballon en zone offensive :

La stat signifie qu’en moyenne dans 63 % des pertes de balle en attaque, le PSG a déclenché un contre-pressing. Le taux est très élevé. En Ligue 1, Reims, 2ème de ce classement, n’est qu’à 58 %. La saison dernière, le PSG n’avait pas dépassé les 50 %.

Lors du match inaugural, les Parisiens avaient très à cœur de satisfaire la consigne de leur entraîneur puisqu’on a même atteint l’incroyable taux de 77 % ! Depuis, le ratio est compris entre 54 % (Toulouse) et 61 % (Lyon).

Attention néanmoins à ne pas presser dans le vide et à s’épuiser : l’efficacité de ce pressing, mesurée par la récupération du ballon, ne cesse de décroître de match en match (de 53 % contre Lorient à 29 % à Lyon) :

Ces efforts ne sont néanmoins pas vains puisque le PSG récupère en moyenne 61 ballons par match. C’est le 3ème total de Ligue 1 et c’est surtout 10 de plus que la saison dernière.

Il est d’autant plus remarquable de récupérer plus de ballons que les saisons antérieures alors même que l’adversaire a moins souvent la balle (cf. supra le taux de possession).

D’ailleurs, le taux de ballons perdus des adversaires du PSG, qui rapporte les ballons perdus aux ballons joués, est effectivement très haut :

En moyenne cette saison, les adversaires du PSG ont perdu 23 % des ballons joués. Un taux jamais atteint depuis que la stat est disponible (2017-2018). La saison dernière, ce ratio plafonnait à 16 %.

Pour produire de telles stats, il faut un coach qui sache faire de cette aspect du jeu sans ballon une priorité. Merci Luis Enrique. Mais il faut aussi des joueurs capables de mettre en application ces principes. Merci Manuel Ugarte.

Le milieu uruguayen, arrivé cet été, est le 2ème joueur récupérant le plus de ballons parmi les 5 principaux championnats européens : 41 en 4 matches, derrière Paqueta (West Ham, 43) :

Ugarte tourne en moyenne à 10.8 ballons récupérés toutes les 90 minutes (avec une pointe à 15 à Toulouse). La saison dernière, le Parisien qui en récupérait le plus était Fabian Ruiz avec 7.4.

Un autre indicateur original permettant de mesurer la capacité à faire déjouer l’adversaire est le taux de Build-up Disruption. Il mesure l’écart de passes habituellement réussies avec celui de l’adversaire du jour.

En clair, un taux de 7.9 comme celui du PSG indique que les adversaires du PSG ont eu un taux de pourcentage de passes réussies de 7.9 points inférieur à celui de leurs autres matches (ici les trois autres matches de championnat).

Plus le taux est élevé, plus il témoigne de la capacité à gêner l’adversaire dans l’élaboration de ses attaques. Et, à ce petit jeu, le PSG de Luis Enrique se débrouille très bien puisqu’il est second d’Europe derrière Bochum :

La conséquence de toutes ces bonnes intentions défensives est un nombre de buts encaissés assez faible (3 en 4 matches, soit 0.75/match contre 1.05 la saison dernière).

Le nombre de tirs subis (10.8), s’il est diminution par rapport à l’époque Galtier (11.8), reste néanmoins relativement élevé :

Cette stat nous rappelle que le chemin à parcourir pour devenir une équipe efficace sans ballon reste encore très long.

On voit ce que le coach veut, on apprécie le changement dans le comportement des attaquants, on salue l’arrivée d’un Ugarte stratosphérique dans ce secteur, mais on voit bien que le bloc n’est pas toujours aussi compact qu’il le devrait et que des adversaires avec des joueurs habiles techniquement (19 tirs et 2.4 xG pour le Lyon de Cherki) savent trouver des failles.

Mais chaque chose en son temps. Savourons déjà les attitudes et attendons la suite.

A la base, on ne voulait pas trop s’appesantir sur les stats du début de saison. Après seulement 4 matches de Ligue 1, il est bien trop tôt pour dresser quelque bilan que ce soit. On l’a bien vu la saison dernière.

Mais en regardant les datas une à une, les différences avec les exercices précédents étaient tellement criants dans certains domaines que l’on n’a pas pu s’empêcher de les décortiquer à fond et de produire cette analyse sur les trois faits marquants : possession ultra forte, manque de réalisme offensif venant et gros contre-pressing.

La prudence reste donc de mise mais comment ne pas être « hypé » par ce début de saison ? Les difficultés face aux blocs bas sont là et ne vont pas s’envoler en un jour. Surtout que compte tenu de la force montrée par Mbappé et ses coéquipiers en transition, les adversaires de Ligue 1 risquent de privilégier l’option « bus-hérisson » lors des prochains matches. Un beau challenge à relever pour le coach espagnol.

En Champions League, en revanche, surtout avec la qualité des adversaires du groupe (Dortmund, Milan, Newcastle), il est probable que le PSG puisse user de ses attaques rapides si meurtrières.

On a hâte de voir tout ça et de refaire un bilan lors de la prochaine trêve internationale (mi-octobre). 6 matches supplémentaires auront eu lieu, dont 2 de Champions League. En espérant que ces belles promesses persistent…

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