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Reims-PSG (0-2) : clean sheet, mode d’emploi

Pour la première fois de la saison en cinq matches officiels, le PSG n’a pas pris de but à Reims dimanche. Alors que le secteur défensif avait montré beaucoup de signes de faiblesse jusque-là, la copie rendue dimanche dans ce domaine, qui ne concerne pas que les joueurs à vocation défensive, est de bien meilleure qualité. Cela n’a d’ailleurs pas empêché le PSG d’être performant offensivement. Un équilibre entre attaque et défense enfin trouvé ? Analyse.

Clean sheet, mode d’emploi :
Un changement de système
Un contre-pressing efficace
Marco Verratti dans une position plus reculée
L’infatigable Gana Gueye

L’équilibre, c’est se tenir sur ses deux pieds. Le droit et le gauche. Pour une équipe de foot, cela signifie attaquer et défendre. Car le PSG, aussi talentueux soit-il, surtout offensivement, doit aussi défendre. En moyenne un tiers du temps, puisque le PSG a un taux de possession de 66 %. Et jusqu’à présent, le PSG était plutôt déséquilibré : 10 buts marqués en trois matches de Ligue 1 mais 5 encaissés, l’équipe penche clairement vers l’avant et est même parfois sur un fil.

Pas viable à moyen terme, ce tropisme offensif. Et d’autant plus inquiétant que lors des trois matches inauguraux, le PSG jouait sans Neymar et Messi, pas réputés pour la partie défensive de leur art.

Alors Pochettino a procédé à des ajustements contre Reims, permettant notamment une meilleure organisation à la perte du ballon. Avec succès puisque le PSG a gagné et n’a pas pris de but. Analysons en détail ces changements.

Un changement de système

C’est passé un peu inaperçu avec l’émotion suscitée par les premiers pas de Messi, mais le PSG avait changé de système à l’entame de la seconde mi-temps. Après avoir joué le premier acte en 4-3-3, avec un trio d’attaque composé, de gauche à droite de Neymar, Mbappé et Di Maria, l’équipe parisienne a joué en 4-4-2 (ou 4-4-1-1) après le repos.

Si l’on essaye de deviner les intentions de Pochettino avec ce changement, on peut citer le manque de jambes de Neymar (puis Messi) moins sollicité pour défendre dans l’axe que sur le côté, le besoin d’animer davantage (avec Di Maria) un côté gauche pour une fois peu producteur d’occasions franches, et la nécessité de mieux couvrir les montées (et les pertes de balle associées) d’Hakimi sur la droite en positionnant le plus défensif Wijnaldum au poste de milieu droit. En gros, quatre milieux au lieu de trois pour mieux couvrir la largeur, en particulier le couloir droit.

Concernant ce dernier point, on peut avancer quelques chiffres : Hakimi a perdu 14 ballons dimanche soir, soit le 4ème total de l’équipe. Associés aux 22 « turnovers » de Di Maria, cela faisait peut-être trop pour le côté droit aux yeux du coach argentin.

L’apport offensif du Marocain est colossal et il représente indiscutablement une arme offensive majeure dans l’arsenal parisien. Il en est même à 1 but et 2 passes décisives après 4 matches de championnat (son prédécesseur Florenzi a terminé la saison dernière avec 2 buts et 1 passe dé). Mais les prises de risques offensifs d’Hakimi nécessitent que soit mise en place une organisation permettant de compenser ses montées et ses pertes de balle.

C’est ce qu’a dû se dire Pochettino en plaçant plus nettement Wijnaldum dans le couloir et en passant en 4-4-2. Le Hollandais a fait le taffe puisqu’il a probablement signé sa meilleure partie sous les couleurs Rouge et Bleu. Il a notamment récupéré 5 ballons, soit le second total du match derrière Gueye :

Même si les Rémois ont plus tiré au but que le PSG en seconde mi-temps (9 à 3), ils ne se sont pas pour autant montrés particulièrement dangereux. Ils sont crédités, sur l’ensemble de la partie, de 0.8 expected goals. Le PSG, avec un seul tir de plus (12 contre 11) affiche 1.8 xG. C’est le signe que les tentatives de tir des Champenois ne constituaient pas de bonnes situations de frappe (7 % de chances en moyenne de marquer par tir contre 15 % pour le PSG).

Un contre-pressing efficace

Quand, dans une équipe, tous les joueurs tirent dans le même sens, cela fonctionne beaucoup mieux. Et dimanche soir, on a vu un onze très impliqué défensivement, du gardien à l’avant-centre. Cela faisait même un certain temps que l’on n’avait pas vu les attaquants parisiens aussi investis à la perte du ballon.

En première mi-temps notamment, les joueurs offensifs déclenchaient un pressing dans les 30 mètres rémois dès la perte du ballon. Et ça a payé puisque cela s’est parfait traduit par des récupérations hautes et des occasions.

Un chiffre traduit bien l’efficacité de ce contre-pressing, celui du PPDA. Il s’agit d’un indicateur, fourni par le site understat.com, qui mesure les « passes adverses par action défensive dans le camp adverse ». Le PPDA confronte donc passes de l’adversaire dans son camp et interventions défensives (tacles, interceptions, duels et fautes). Plus l’indicateur est bas, plus une équipe est active et intense défensivement dans le camp adverse.

Le PPDA du PSG à Reims est de 5.8 (contre 16.1 pour l’équipe de Garcia). Cela signifie qu’en moyenne l’équipe rémoise ne pouvait faire que 6 passes environ dans son camp avant qu’un Parisien d’intervienne par un tacle ou une interception par exemple. Il s’agit du plus bas PPDA de la saison pour le PSG (10.5 en moyenne lors des trois premières journées) et il est en outre plus bas que la moyenne de la saison dernière (7.8).

Pour illustrer l’investissement défensif des Parisiens et des attaquants en particulier, voici quelques captures d’écran significatives.

Dès le début du match, les coéquipiers de Neymar ont mis une pression sur l’adversaire pour l’empêcher de relancer :

Sur cette action ci-dessous de la 10ème minute, Paris a récupéré le ballon et cela a conduit à l’action de Mbappé (servi par Hakimi) qui se passe le ballon derrière le pied d’appui avant de tirer :

Nouvelle illustration du pressing à la perte (Diallo très haut, Mbappé impliqué et Di Maria qui vient mettre du nombre sur le porteur avec Verratti) qui génèrera une passe en retrait vers le gardien et une relance interceptée par Wijnaldum :

On voit jusqu’à six joueurs du PSG sur un quart de terrain, dont Neymar, sur du contre-pressing, même si cette fois Reims s’en sortira :

Et même sept joueurs sur cette tentative de récupération haute toujours dans la première demi-heure :

Ci-dessous, on voit Mbappé bloquer son couloir et Neymar n’est pas loin quand Reims attaque et que Paris recule son bloc :

Et même en fin de 1ère mi-temps, ce harcèlement à la perte existe toujours :

En début de 2ème mi-temps, avec le passage en 4-4-2, le pressing est toujours très haut, avec encore sept Parisiens sur une faible aire de jeu :

Bref, vous l’aurez compris, le pressing parisien a été, pour la première fois de la saison, et particulièrement en première mi-temps, très efficace.

Et, une fois n’est pas coutume, les stars de l’équipe ont montré l’exemple. On a ainsi vu Mbappé faire des courses défensives, et même commettre une faute en cherchant à récupérer un ballon. Il est en outre l’auteur d’un dégagement (sur un corner adverse). Pour l’anecdote, mais pas que, on notera qu’il s’agit de son troisième dégagement en quatre matches de Ligue 1. C’est autant que sur l’ensemble de ses deux précédentes saisons (soit 51 matches) !

Neymar n’est pas en reste. Le Brésilien a, peut-être pour la première fois de sa carrière, réussi plus de tacles que de dribbles dans un match ! Pour la première fois depuis qu’il est au PSG (sur un match comme titulaire), il n’a pas éliminé d’adversaire… mais il a réussi deux des trois tacles tentés ! Il a aussi récupéré 4 ballons (3ème total de l’équipe), en récompense de son investissement défensif.  

On ne sait pas si ces efforts défensifs vont s’inscrire dans la durée ou s’il s’agit d’un feu de paille, mais le PSG ressemble quand même bien plus à une équipe quand tout le monde fait les efforts à la perte du ballon.

Le positionnement plus reculé de Verratti

C’est également passé un peu inaperçu mais Marco Verratti est probablement une des « victimes » des changements d’organisation du week-end, et peut-être plus globalement de l’arrivée de Messi. Il a en effet joué dans une position bien plus reculée que d’habitude. Avec l’avantage de le voir à l’œuvre plus bas sur le terrain où sa résistance à la pression et sa qualité de relance font merveille. Mais avec l’inconvénient de ne pas pouvoir bénéficier de ses talents de magicien dans les 30 mètres adverses.

Après l’avoir aligné très haut sur le terrain la saison dernière, le plus souvent en position de numéro 10 dans son 4-2-3-1, on voit à quel point Pochettino tâtonne sur le meilleur positionnement de Verratti. Il faut dire que le garçon a tellement de talent qu’il brille partout.

Des graphiques et des datas viennent illustrer ce positionnement plus reculé de l’Italien dimanche à Reims. Le premier ci-dessous, fourni par le site whoscored, décrit chaque touche de balle du numéro 6 parisien (le PSG attaque vers la gauche). On constate que la majorité des ballons joués sont dans la partie du terrain du PSG.

Il n’a touché en tout que 17 ballons dans le dernier tiers adverse, contre 39 par exemple à Brest, avec sensiblement le même temps de jeu.

Sa moyenne par match de la saison passée était de 26 ballons joués en zone offensive.

L’écart de positionnement est également flagrant quand on compare les deux « heatmaps » de Verratti lors de ses deux matches (source : sofascore.com) :

Sa zone d’activité était clairement dans le camp breton lors de la précédente journée. Ce qui n’est plus le cas à Reims. Pour le plaisir ci-dessous, sa « heatmap » de la saison dernière (attention, sur cette dernière le PSG attaque de gauche à droite)

Ce positionnement n’a pas eu d’influence sur son volume de jeu puisqu’il a touché 106 ballons (en 75 minutes…). Mais il est clair que Pochettino lui a demandé de jouer plus reculé, particulièrement en seconde mi-temps dans le double pivot qu’il composait avec Gueye.

L’infatigable Gana Gueye

Puisque l’on parle de Gueye, il est impossible de ne pas le citer comme l’un des artisans majeurs de la victoire et surtout du clean-sheet réalisé.

Personne ne fait mieux que lui sur l’ensemble des indicateurs défensifs :

Véritable machine à récupérer les ballons, le Sénégalais était « en mode N’Golo Kanté » et n’a cessé de ratisser au milieu de terrain.  

Mais ce qui rend la partie de Gueye extraordinaire, c’est qu’il a aussi été bon avec le ballon. Dans la lignée de son but magnifique à Brest, il a pris des initiatives, payantes, balle au pied.

Il est d’ailleurs le joueur qui a le plus touché le ballon du match avec 107.

Il est aussi l’auteur de deux tirs (contrés) et d’un dribble réussi (sur deux).

Il a en outre réussi 7 passes progressives, signe de sa volonté d’aller de l’avant.

Personne n’a d’ailleurs fait mieux que ses 7 passes progressives.

En gros, les attaquants ont défendu et les milieux défensifs ont su apporter le danger dans le camp adverse. Pourvu que ça dure…

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