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Analyses Saison 2020-2021

Lille méritait-il d’être champion de France ? Ce qu’en disent les stats

La question a pas mal agité les supporters parisiens, et même quelques journalistes, à l’issue de la dernière journée dimanche soir : Lille mérite-t-il son titre de championnat de France ? N’est-ce pas plutôt le PSG qui a offert sur un plateau le trophée aux joueurs de Christophe Galtier ? Pour mieux apprécier la performance lilloise, nous nous sommes plongés, une fois n’est pas coutume, dans leurs statistiques.

A partir du modèle des expected goals, le site understat.com en déduit les points « qu’auraient dû » obtenir chaque équipe après chaque match. En fin de saison, on obtient donc un classement virtuel qui correspond au modèle des expected goals. Bien sûr, cette méthode est critiquable, elle ne tient notamment pas compte des capacités de réaction des équipes en cas de score défavorable. Mais elle donne une idée des performances brutes des équipes.

Et surtout, puisque l’écart de points entre ceux réellement obtenus sur le terrain et ceux issus du modèle statistique est extrêmement important pour le LOSC, il mérite qu’on s’y intéresse.  Les Lillois ne sont en effet crédités que de 68 points par le modèle virtuel, contre 83 dans la réalité. Selon ce système, les Lillois auraient même dû finir 4ème d’un classement dominé par… Lyon ! Voilà qui va ravir Jean-Michel Aulas, toujours enclin à mettre en avant les stats favorables à son équipe.

Pour pondérer cette surperformance globale des Lillois, on notera qu’on ne recense que trois matches dans la saison où ils ont empoché les trois points en étant derrière leur adversaire en terme d’expected goals : à Lens, Metz et… Paris !

1ère conclusion : Lille a largement surperformé par rapport au modèle des expected goals

Alors, comment expliquer cet écart des Lillois ? La grande majorité du différentiel provient de la surperformance offensive des hommes de Galtier. Tandis que le modèle statistique prévoyait, compte tenu de leurs positions de tirs, que les Lillois marquent 48 buts, ils en ont en réalité inscrit 64, soit 16 de plus ! Parmi les cinq principaux championnats européens, seul le Bayern fait mieux avec un écart de 23 buts.

Ces 48 buts « théoriques » les positionnent très loin dans le classement de Ligue 1 puisqu’ils ne présentent que la 10ème performance offensive du championnat et sont ainsi devancés par Nantes ou même Lorient !

Le site fbref.com positionne Lille au 45ème rang (sur 98 !) des équipes européennes des principaux championnats en terme d’expected goals ramenés à 90 minutes ! C’est dire s’il a fallu des exploits répétés tout au long de la saison des attaquants des Dogues pour transformer en buts des occasions pas vraiment franches. On a notamment en tête le missile du gauche à 25 mètres de Yilmaz à Lens dans le sprint final

Quatre des cinq meilleurs buteurs du LOSC présentent effectivement un différentiel positif entre les buts marqués et les expected goals. Le plus gros concerne même le meilleur buteur du club, le Turc Yilmaz, auteur de 16 buts en Ligue 1 alors que, en fonction des positions de tirs obtenues, le modèle ne lui accorde que 10.4 xG. A eux quatre, Yilmaz (+5.6), David (+2.8), Yacizi (+2.3) et Bamba (+1.8) cumulent 12.5 buts de plus qu’attendu. A titre de comparaison, les quatre meilleurs buteurs du PSG (Mbappé, Kean, Neymar, Icardi) présentent une balance tout juste équilibrée (+0.4).

Au final, le nombre de buts inscrits par le nouveau champion de France est loin d’être extraordinaire (64). Comme l’indique le journal L’Equipe, aucun champion n’avait aussi peu marqué depuis dix ans. En jouant onze matches de moins la saison passée, arrêtée en raison de l’épidémie de Covid-19, les Parisiens en avaient même marqué 11 de plus (75). Seuls trois champions ont marqué moins de 70 buts sur la période : le PSG en 2012-2013 (69), Montpellier en 2011-2012 (68) et Lille en 2010-2011 (68). Cela signifie que sans ce réalisme exceptionnel des attaquants lillois, le titre aurait forcément échappé aux hommes de Galtier.

2ème conclusion : les attaquants lillois ont su faire preuve d’un réalisme offensif exceptionnel

Mais, le titre de Lille n’est pas uniquement le fait de la qualité de ses attaquants. Le portier, formé au PSG, Mike Maignan n’a encaissé que 23 buts. Ces dix dernières années, seul le PSG de Laurent Blanc (2015-16) a fait mieux (19). La défense centrale Fonte-Botman s’est montré ultra solide.

Les statistiques avancées mettent aussi en avant les points gagnés par Maignan : selon le site fbref.com, le gardien lillois a évité, en cumulé sur la saison, près de 5 buts (4.8 exactement). Cet écart entre les buts encaissés et ceux qu’un gardien « lambda » auraient pris (ce qu’on appelle les Post Shot Expected Goals) en font le meilleur gardien du championnat, devant… Navas (+4). Au PSG, si les attaquants n’ont clairement pas été à la hauteur de standing supposé, il n’y a rien à reprocher à la valeur sûre Navas.

Deux matches de Maignan retiennent en particulier l’attention : lors de la cinquième journée face à Nantes, les Lillois se sont certes imposés 2-0 mais Maignan a ce soir là réalisé 8 arrêts qui, selon le modèle de fbref.com, aurait dû générer 2.6 buts. Autre rencontre cruciale, à Monaco mi-mars : un match nul 0-0 au final mais 4 sauvetages décisifs du « Titi parisien » et 1.2 buts évités.

3ème conclusion : Maignan a également apporté sa pierre à l’édifice et s’affirme comme l’un des meilleurs gardiens européens

Mis à part les expected goals, que nous révèlent les stats avancées des Lillois, comparées à celles de ses trois concurrents ?

Offensivement, les Lillois présentent des stats assez banales : avec 12.8 tirs par match, ils se situent au 5ème rang de la Ligue 1. C’est Lyon qui domine avec 16.1, devant le PSG 15. En revanche avec 5.7 tirs par match, il s’agit de l’équipe qui a le plus tenté sa chance de loin. Ils ont d’ailleurs marqué 12 buts d’en-dehors de la surface, soit le plus haut total de Ligue 1.

On a également souvent mis en avant la capacité de contre de cette équipe lilloise. Les chiffres ne reflètent pas vraiment cette aptitude : selon le site whoscored.com, ils n’ont inscrit que 3 buts en contre-attaque, contre 8 au PSG, 1er de ce classement à égalité avec ces diables de Lorientais… Leur nombre de tirs suite à une contre-attaque les positionne quand même au 3ème rang de Ligue 1 avec 18 tirs. Lyon fait mieux avec 27.

Dans aucune autre catégorie statistique offensive, les Lillois ne se distinguent particulièrement :

  • Leur taux de possession du ballon (52.6 %) les situe au 6ème rang de la Ligue 1
  • En termes de passes vers le dernier tiers du terrain (3ème) et de passes progressives (4ème), ils sont devancés (au moins) par les Parisiens
  • Leur nombre de ballons joués dans la surface adverse les classe au 5ème rang de Ligue 1 (les trois autres « gros » sont devant eux)

Défensivement, en revanche, plusieurs datas contribuent à expliquer la saison de rêve des Dogues. Le site fbref.com fait même de Lille l’équipe la plus hermétique d’Europe avec seulement 0.7 expected goals concédés par match.

L’écart entre Lille et ses poursuivants immédiats (City et l’Atletico !) est même assez conséquent. Le bloc lillois a fait preuve d’une solidité sans faille, positionné généralement en 4-4-2, avec deux milieux axiaux (le plus souvent André et Soumaré) et des joueurs de côté travailleurs.

Ce faible nombre d’actions concédés a logiquement entraîné un nombre de buts encaissés très faible. Il s’agit même de la plus faible moyenne parmi les cinq principaux championnats européens.

Autres indicateurs témoignant de la solidité défensive des Lillois : ils n’ont concédé que 8.9 tirs par match, et 16 ballons joués par match dans leur propre surface par leurs adverses. Dans les deux cas, seul Monaco a fait mieux en Ligue 1.

4ème conclusion : leur solide organisation leur a permis de concéder un minimum d’occasions à leurs adversaires

Enfin, comment conclure cette étude sur les mérites lillois sans mettre en avant leurs succès lors des confrontations directes avec les trois autres équipes de tête ? Ce championnat hyper serré s’est aussi joué lors de ces rencontres et les Lillois y ont démontré tout leur savoir-faire.

 VictoiresNulsDéfaitesPoints
Lille33012
Lyon2137
Monaco2137
PSG1144

En remportant trois des six confrontations directes et, surtout, en ne concédant jamais la défaite, ils ont apporté la preuve que leur première place n’était pas usurpée. A l’inverse, le PSG peut se mordre les doigts d’avoir raté la quasi-totalité de ces grands-rendez-vous.

L’analyse des expected goals et des expected goals against de ces « big matches » est également révélatrice :

Alors que Paris, Lyon et Monaco présentent, à l’occasion des confrontations directes, des indicateurs offensifs et défensifs en net retrait par rapport à leur moyenne de la saison, ce n’est pas vraiment le cas des Lillois. Leur moyenne d’actions concédées lors de ces duels au sommet est quasi identique à leur moyenne de la saison (071 vs 0.68). Offensivement, ils ont du mal (0.8 xG), mais ils ont su compenser par une redoutable solidité défensive. Ils n’ont d’ailleurs concédé que 4 buts lors de ces 6 matches, dont 3 par l’OL. Cela signifie 3 clean-sheets en 6 matches. La performance réside dans la capacité à répéter face aux gros du championnat cette imperméabilité qu’ils ont affiché toute la saison (21 matches sans but encaissé, record parmi les cinq principales ligues européennes).

5ème conclusion : une gestion ultra efficace, notamment défensivement, des grands rendez-vous

Alors, mérité ou pas le titre des Lillois ? La question n’appelle pas forcément de réponse puisque le terrain a parlé. Et Galtier et ses hommes y ont démontré leur supériorité issue d’un réalisme offensif exceptionnel et d’une organisation défensive ultra efficace, notamment lors des « matches à six points ».

Article paru sur Culture PSG en mai 2021

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