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Analyses Saison 2018-2019

Les Titis et les Galactiques

Un des phénomènes marquants de ce début de saison du PSG, outre bien sûr le sans faute réalisé en championnat, est la confiance accordée par Thomas Tuchel aux jeunes et aux joueurs formés au club en général. Nous avons voulu objectiver ce phénomène en comparant le temps de jeu des joueurs formés au club dans les différentes formations de Ligue 1 et chez les ténors européens. Nous reviendrons aussi sur le passé du PSG pour voir comment a évolué dans l’histoire récente ce poids des jeunes au sein de l’effectif professionnel. 

Le PSG est, après Nîmes, l’équipe de Ligue 1 où les joueurs formés au club jouent le plus

Le graphique ci-dessous décrit, pour chaque équipe de Ligue 1, le poids des joueurs formés au sein du club dans lequel ils évoluent en professionnel. Et l’on se rend compte que, contrairement à une idée reçue, le PSG n’est pas qu’un club de stars puisque les joueurs issus du centre de formation ont disputé 2799 minutes depuis le début de saison en championnat, soit 31.4 % du temps de jeu total.

Le PSG semble donc capable cette année de donner du temps de jeu conséquent à ses jeunes pousses à côté des stars du club. La fameuse association madrilène des « Galactiques et Pavones » (époque Zidane, Beckham, Ronaldo…) est donc transposée dans la capitale Française.

Avec ce total de 2799 minutes disputées par les Parisiens formés au club, le PSG se classe donc au deuxième rang de toute la Ligue 1. Seul le promu Nîmois avec ses talents locaux (Briancon, Alakouch, Bobichon, Valls, Ripart et Despres) fait mieux avec 3674 minutes, soit 41.2 % du total du temps de jeu disputé.

La moyenne de l’ensemble de la Ligue 1 en ce début de saison est beaucoup plus basse puisqu’elle se situe autour de 15 %. Cela semble plutôt faible et peut être traduit de la manière suivante : en moyenne depuis le début de saison en Ligue 1, il y a 1.6 joueur par équipe formé au club par match. La Ligue 1 étant un championnat exportateur de jeunes talents, on aurait pu s’attendre à ce que cette moyenne soit plus élevée.  

Cette moyenne relativement faible est tirée vers le bas par un certain nombre de clubs (en bas du graphique ci-dessus) au sein desquels les joueurs formés localement ne représentent même pas 10 % du temps de jeu distribué. On y retrouve notamment deux ténors de notre championnat Marseille et Monaco où la moyenne des minutes accordées aux joueurs formés localement se situe autour de 7 %. A Marseille par exemple seuls Kamara et Lopez ont foulé les pelouses du championnat jusqu’à présent.

L’Olympique Lyonnais, dont la réputation du centre de formation n’est plus à faire, a accordé de son côté 1805 minutes à ses pépites locales (Fékir, Aouar, Lopes, Gorgelin, Ferri), soit 20.3 % du temps de jeu total, ce qui en fait « seulement » le 4ème taux de notre championnat jusque-là. L’OL a connu des saisons exceptionnelles dans ce domaine, en particulier en 2015-2016 avec plus de 50 % du temps de jeu total disputé par des joueurs issus du centre de formation. Mais l’OL, au contraire du PSG, ne parvient pas à conserver très longtemps en son sein les joueurs qu’il forme.

Revenons-en donc au PSG et détaillons les minutes accordées aux « Titis » en ce début de saison en championnat (Rimane, n’ayant joué que le trophée des champions, n’a pas été comptabilisé) :

  • Adrien Rabiot 696 minutes (8 titularisations)
  • Presnel Kimpembe 482 minutes (6 titularisations)
  • Alphonse Areola 360 minutes (4 titularisations)
  • Christopher Nkunku 293 minutes (3 titularisations et 5 entrées en jeu)
  • Stanley N’Soki 292 minutes (3 titularisations et 1 entrée en jeu)
  • Moussa Diaby 249 minutes (2 titularisations et 4 entrées en jeu)
  • Colin Dagba 203 minutes (3 titularisations)
  • Antoine Bernede 170 minutes (2 titularisations)
  • Timothy Weah 54 minutes (1 titularisation et 1 entrée en jeu)

On constate tout d’abord qu’il n’y a pas moins de 9 joueurs formés au PSG qui ont participé à au moins une des 9 rencontres de Ligue 1. Le record de 2007-2008 (Sakho, N’Gog, Chantome, N’Goyi, Arnaud, Mabiala, Mulumbu, Sankharé, Boli) est donc déjà égalé. Le PSG s’est même retrouvé avec 7 joueurs formés au club en même temps sur le terrain (contre Caen, lors de la 1ère journée, alors qu’Areola n’était même pas présent). On pourrait presque imaginer une équipe 100 % Made in Paris à un moment ou un autre de la saison (en ajoutant par exemple Adli et Rimane aux 9 joueurs ci-dessus) !  

Ces 9 joueurs peuvent être répartis en trois catégories : les joueurs confirmés (Rabiot, Kimpembe, Areola), champions du Monde (ou presque) et qui jouissent d’un statut de titulaire (ou presque) ; les joueurs de rotation (Nkunku, N’Soki, Diaby) qui ont montré quand les titulaires n’étaient pas là qu’ils pouvaient être des doublures efficaces ; les opportunistes (Dagba, Bernede, Weah) qui ont profité eux des blessures et des choix de recrutement pour se montrer un peu.

Il y a donc certes des circonstances favorables dont ont bénéficiés certains, mais, au global, le PSG est loin de son image uniquement « bling-bling » avec une équipe construite uniquement grâce aux moyens financiers conséquents. Paris réalise donc un début de championnat exceptionnel (9 victoires en 9 matches) en étant bien évidemment portée par ses stars, mais également grâce aux bonnes performances des joueurs qu’il a formés et que Thomas Tuchel a mis sur le terrain. Cet amalgame réussi a de quoi tordre le cou à certaines idées reçues.

Paris leader parmi les cadors européens en terme de temps de jeu accordé aux joueurs formés au club

On a donc vu que sur le plan national, le PSG se démarquait nettement de ses principaux concurrents en accordant une place importante aux joueurs formés au club. Le constat de cette atypie se retrouve également à l’échelle européenne puisqu’aucune autre équipe du top niveau continental ne s’approche des ratios parisiens en la matière.

Le graphique ci-dessus décrit, pour les trois premiers (à la mi-octobre) des classements des principaux championnats européens, le temps de jeu (en % des minutes totales disputées) accordé aux joueurs formés au club. Là encore, le PSG se distingue assez nettement puisqu’aucun cador européen n’accorde autant sa confiance aux joueurs formés localement.

Les clubs espagnols s’en approchent mais même le grand FC Barcelone, qui a bâti une partie de sa légende sur sa fameuse Masia et la place donnée aux jeunes dans l’effectif pro, reste à distance raisonnable du PSG en ce début de saison (23.9 % vs 31.4 %). A l’inverse, les grands clubs anglais (en tous cas les 3 leaders actuels de Premier League) ne font aucune confiance aux joueurs qu’ils ont formés (64 minutes en cumulé pour Manchester City, Chelsea et Liverpool pour Foden et Loftus-Cheek).

On ne peut s’empêcher de penser qu’une partie de cet écart abyssal entre le PSG et les ténors européens et notamment anglais s’explique par la différence de compétitivité des deux championnats qui permet à Tuchel de prendre plus de risques en Ligue 1 en faisant davantage jouer de jeunes joueurs. Cependant l’écart est trop important pour être réduit à cette seule hypothèse. Il y a donc bien des choix « politiques » différents et une volonté affirmée du staff (et de la direction) du PSG de s’appuyer sur le centre de formation. Les multiples signatures de 1er contrat pro de cet été, ainsi que la volonté apparente d’offrir un « pont d’or » à Adrien Rabiot pour qu’il reste au club témoignent bien de cette démarche.  

Une confiance de plus en plus grande accordée aux jeunes du centre de formation du PSG

Est-ce que cela a toujours été le cas ? Pour répondre à cette interrogation, nous sommes remontés jusqu’en 2007-2008, la fameuse année où Paul Le Guen, alors entraineur du PSG, a voulu, compte tenu des mauvais résultats, provoquer un électrochoc en mettant sur le terrain simultanément un nombre important de très jeunes joueurs issus du centre de formation. Nous allons nous rendre compte que même cette année-là, le temps de jeu moyen des joueurs formés au Camp des Loges était largement inférieur à celui de ce début de saison. 

Certes, seulement 9 matches ont été disputés, mais, une fois encore, l’écart avec les saisons antérieures est très significatif : en moyenne, sur les 10 saisons qui précèdent celle-ci, le temps de jeu moyen en championnat des joueurs formés au club était de 11 %, alors qu’il est de 31.4 % cette saison.

Cette période 2007-2018 peut d’ailleurs être répartie en quatre ères :

  • Entre 2007 et 2011 (soit avant l’arrivée des Qataris), les purs produits parisiens occupent une place significative dans l’effectif du PSG. Ils se partagent jusqu’à plus de 15 % du temps de jeu total et certains sont des titulaires indiscutables (Sakho, Chantome). Le club n’a alors pas les moyens d’aujourd’hui et s’appuient régulièrement sur son centre de formation (on peut également citer Sankharé, Makonda ou Mulumbu parmi les jeunes utilisés régulièrement à cette époque).
  • Entre 2011 et 2013, à l’arrivée des Qataris, les entraîneurs (Kombouaré puis Ancelotti) s’appuient moins sur le centre de formation. La politique du club est clairement au recrutement clinquant et il faut faire jouer ces nouveaux joueurs acquis chèrement. Seuls Sakho et Chantome gardent une place dans l’effectif mais la saison 2012-2013 est leur dernière au club, puisqu’ils sentaient que leur avenir parisien était bouché. Pour relativiser ce constat, on notera quand même que c’est Ancelotti qui lancera en championnat cette année-là Rabiot Areola et Coman.
  • Entre 2013 et 2016, sous Laurent Blanc, on atteint un point bas (5.7 % du temps total pour les joueurs formés au PSG). Beaucoup de jeunes (on en recense 11 différents en 3 ans) jouent en championnat mais sur de très faibles séquences. Blanc semble frileux à remettre en cause la hiérarchie établie et le cas Coman (qui quitte le club car mécontent de son temps de jeu : 35 minutes en tout en championnat) symbolise un peu cette cassure.
  • 2016-2018 : d’abord avec Unai Emery, puis encore plus en ce début de saison avec Thomas Tuchel, une nouvelle dynamique « jeunes » prend forme. Lors de ses deux saisons au club, le technicien basque s’est beaucoup appuyé sur le centre de formation et il a notamment pu compter sur un trio de purs produits du centre de formation (Rabiot, Kimpembe, Areola) qui représente une part significative des minutes jouées. Tuchel poursuit dans cette voie et n’hésite pas à mettre dans le 11 de départ des jeunes sans expérience au détriment de joueurs confirmés (Diaby pour Draxler ou Bernede pour Diarra par exemple)

Que de chemin parcouru donc entre la saison 2013-2014 où seulement trois « Titis » (Rabiot, Ongenda et Coman) se sont partagés 1445 minutes en Ligue 1 (soit 3.8% du total possible) et ce début de saison 2018-2019 où ils sont déjà neuf (en attendant peut-être prochainement Adli ou d’autres) à contribuer aux magnifiques résultats actuels pour près d’un tiers du temps de jeu total.

Bien évidemment, il est possible de relativiser et de se dire qu’il est probable que ce taux de 31 % ne perdurera pas sur l’ensemble de la saison. Le PSG n’a pas vocation, comme le FC Nantes à une époque (ou même Lyon encore récemment) à s’appuyer majoritairement sur ses joueurs formés au club pour gagner un titre de champion (qui plus est une ligue des Champions). Il y a forcément un effet d’aubaine qui explique ce taux élevé sur ce début de saison : blessures des uns (Alves, Kurzawa), mercato bancal (pas de milieu défensif), année post coupe du monde (impliquant des retours tardifs des titulaires et du temps de jeu donné aux jeunes).

Cependant, comment ne pas voir dans la courbe ascendante depuis 5 ans du poids des joueurs du cru, une vraie politique du club de s’appuyer sur le bon travail du centre de formation (plusieurs fois récompensé) et sur l’incroyable vivier que représente le bassin parisien ? Si l’on ajoute à cela, un coach qui n’hésite pas à donner sa chance aux jeunes (volonté de ne pas prêter Diaby, confiance accordée à Bernede et Dagba alors que d’autres choix étaient possibles), on comprend mieux la place importante prise dans l’effectif parisien par les « Titis » aux côtés des « Galactiques ». Un savoureux mélange qui fait le bonheur des supporters parisiens.

Article paru sur Culture PSG en octobre 2018

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